par Felix Burke

Au sommet du vélo de montagne XCO, la compétition est féroce. Des athlètes talentueux, entourés par leur équipe, prennent en compte chaque détail et cherchent à tout instant un plus haut niveau de performance. Raphaël Gagné, un de ces athlètes sait très bien le style de vie que ça prend, mais cette année il doit prouver sa résilience plus que jamais. Des problèmes de financement du côté de son ancienne équipe, OMX pro team, ont forcé l’organisation à arrêter leurs opérations et à mettre un terme à tous leurs contrats. Après une saison seulement, Raphaël voit son entente de 3 ans prendre fin et il se retrouve dans une situation précaire. Un des athlètes canadiens les plus accomplis doit maintenant monter seul son propre programme tout en faisant son travail de repousser les limites de la performance en vélo de montagne.

Raphael Gagne Canada Cup Victoria B.C.
Raphaël Gagné. Coupe Canada 2019, Victoria, B.C.

CanadianMTB: Plusieurs ont été surpris d’apprendre que ton équipe, OMX pro team, devait se défaire de ses responsabilités et annuler ses contrats dû à un manque de financement. Comment as-tu appris cette nouvelle? Comment as-tu réagi?

Raphaël Gagné: Petit à petit. Je n’ai pas encore tous les détails de l’histoire. Les nouvelles que je recevais de l’équipe ne rapportaient pas tous les faits et c’était difficile de saisir ce qui se passait vraiment. Ça ne paraissait pas si alarmant au début. Pendant des mois je croyais que l’équipe retrouverait du financement et que les opérations continueraient comme planifiées. Ça fait 9 ans que l’équipe est sur le circuit de la coupe du monde et j’avais confiance qu’ils trouveraient une solution, mais lorsque l’équipe n’avait rien de confirmé en janvier et février c’était évident que la situation était grave, on s’entend qu’elle l’était déjà à l’automne aussi. Je me retrouvais au mois de janvier avec environ 80% de mon entente de l’année dernière non-remboursées (dépenses, salaire et bonus) et pas de support pour la saison qui approchait à grands pas.

CMTB: Depuis la nouvelle, tu travailles fort pour te monter un programme qui te permettra de poursuivre ta lancée sur le circuit international. Quelles sont les étapes à suivre pour construire sa propre équipe et comment as-tu approché le tout?

RG: La transition a été longue parce que je n’avais pas tous les détails de l’équipe. À partir de février j’avais le droit de chercher une nouvelle équipe, mais il était encore possible que OMX retrouve du financement et j’étais encore sous contrat. Finalement en mars je me suis consacré à trouver un nouveau programme, mais beaucoup d’équipes trouvaient qu’il était rendu tard dans l’année pour intégrer un nouveau membre dans leurs organisations, leurs budgets étant déjà bouclés avec d’autres coureurs. Il y avait de la sympathie de la part de l’industrie pour ma situation, mais beaucoup d’équipes n’avaient pas  les ressources pour m’aider à ce moment de l’année. En avril j’ai décidé de monter mon propre programme et j’ai contacté des amis que j’ai dans l’industrie. Tout ça en continuant de m’entrainer, me reposer et courser à travers le monde.

CMTB: Tu t’es servi de ton expérience pour gagner les championnats panaméricains à Aguascalientes au Mexique au début du mois d’avril. Il y avait plusieurs coureurs de renommée avec des programmes bien financés qui le voulait ce titre de champion continental, mais qui n’ont pas pu te secouer. Est-ce que la victoire était plus savoureuse sachant que tu les as vaincus malgré l’adversité que tu affrontes en ce moment?

RG: Oui c’est plus savoureux c’est certain! Je suis fier d’avoir gagné le titre et de porter ces couleurs pour la saison 2019. C’est normal d’être backé à ce niveau-là, tous les concurrents de ce niveau sont des professionnels accomplis.  Ce qui n’est pas normal c’est que le vainqueur course en tant que coureur indépendant. En gagnant le titre, j’ai prouvé encore une fois que j’ai ma place sur une grosse équipe. Je suis d’autant plus fier parce que j’ai préparé cette course en altitude intelligemment, investissant temps, argent et énergie, j’y ai cru et ça fonctionné cette fois.

CMTB:  Avec la première coupe du monde la fin de semaine prochaine à Albstadt, tu présenteras pour la première fois devant plus de 15’000 spectateurs live et une audience télé de plus d’un million les couleurs de “Team Raph”. Qui sont les partenaires qui seront représentés?

RG: Pendant le mois d’avril j’ai parlé avec mes contacts dans l’industrie. Je cherchais des partenaires compétents qui offraient des produits compétitifs et c’est exactement avec ceux-ci que je me suis associé pour créer “Team Raph” supporté par:

Shimano, Stans, Cannondale Canada, Raceface, Oakley, Toyota Saint Eustache, Thule et Garneau en plus de quelques autres. Garneau va me faire un maillot aux couleurs de champion panaméricain que je porterai pour la saison.

CMTB: À quoi ressemble le futur pour “Team Raph”?

RG: J’aimerais que “Team Raph” soit beaucoup plus grand, assez pour que ce soit viable et pour me permettre d’accomplir mes objectifs. “Team Raph” reste une option pour le futur, mais idéalement je ferais partie d’une organisation plus encadrée. Si OMX pro team retrouve du financement ce sera une option d’équipe comme les autres, mais je ne leur dois rien. Cette année je suis allé chercher mon vélo 2h avant mon vol vers l’Europe, pour l’instant je fais ce qu’il faut pour que ça marche haha!

Je suis fier de mon attitude envers la situation et je me sens en forme pour la saison malgré tout. Je pense que beaucoup de gens auraient abandonné face à la situation. Ça prouve que je “ride” pour les bonnes raisons. Je suis ici parce que c’est ma passion, que j’ai un objectif et un rêve clair qui est de me sélectionner pour les JO de Tokyo. J’ai des gros objectifs et je suis déterminé d’y arriver pour moi.

CMTB: Tu es déjà en Europe pour finaliser ta préparation en vue du lancement de ta saison de coupe du monde. Comment sont les trails et le nouveau bike?

Le nouveau bike est parfait, je connaissais déjà les vélos (cannondale) et la plupart des choix de pièces qui ont été faits! Ça m’a fait du bien d’être à la maison au mois d’avril, je lance ma saison de coupe du monde avec les idées plus claires. J’ai super bien fait mon travail de professionnel, j’ai travaillé fort tout l’automne et l’hiver à l’entrainement et en compétition pour remonter du 101e rang mondial au 36e rang mondial, ça en dit beaucoup je crois! Ça veut dire que je vais participer au short-track vendredi (réservé aux 40 meilleurs inscris) et que j’aurai la chance d’avoir une bonne ou une très bonne position de départ pour le XCO. Je suis excité par ce qui s’en vient!

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